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La porosité des problématiques relationnelles

Photo du rédacteur: Marianne Ducret
Marianne Ducret
il y a 5 jours
5 min de lecture

Si j’ai commencé par accompagner des problématiques professionnelles, j’ai vite ressenti le besoin de me former pour accompagner aussi des situations personnelles.

Car l’humain est difficile à cloisonner, et quand des problèmes relationnels apparaissent dans l’une des dimensions de notre vie, ils en contaminent souvent d’autres. Et on n’en a pas toujours conscience. On pense parfois avoir identifié la relation qui nous fait le plus souffrir, alors que le vrai problème est ailleurs.



En illustration, voici le récit d’un coaching inspiré d’une situation réelle.


Marc a une quarantaine d’années. Il souhaite être accompagné pour « arriver à quitter sa femme ».

Le couple ne fonctionne plus, il n’aime plus passer du temps avec son épouse. Elle devient toujours désagréable à un moment donné et il se sent jugé en permanence. Il ne le supporte plus.

Il ne souhaite pas que sa femme vienne en séance, car elle essaierait de l’embrouiller en disant que tous les couples ont des problèmes et que ça passera, et de toute façon sa décision est prise.


En attendant, il l’évite autant que possible. Même à la maison, il parle peu pour couper court à la discussion. La période n’est pas drôle du coup. C’est dur aussi pour son fils, qui voit bien que ça ne va pas entre ses parents. Marc ne sait pas trop quoi lui dire donc il l’évite lui aussi.

De toute façon, quand ils se parlent, ça finit en engueulade. La dernière fois, son fils a râlé à table que personne ne parlait et que l’ambiance était glauque, et a du coup refusé de débarrasser. Marc lui a hurlé dessus que c’était inadmissible de juger ses parents et qu’il devait faire ce qu’on lui demande, un point c’est tout.


Ça ne lui plaît pas d’être comme ça avec son fils. Il aimerait au contraire lui dire qu’il a le droit d’exprimer son ressenti. Il aimerait lui expliquer ce qui se passe, répondre à ses questions. Mais il n’y arrive pas. On ne lui a jamais appris ça à lui. Son père était dur, exigeant, cassant. On avait intérêt à faire tout de suite ce qu’il demandait.

C’est un des trucs que sa femme lui reproche. De réagir parfois comme son père. De parler mal à son fils, de ne pas l’écouter, de l’empêcher de développer un esprit critique. Et c’est insupportable d’entendre ça. Devenir comme son père, c’est la dernière chose que Marc voudrait.


Alors il rallonge ses journées au bureau. Il travaille de plus en plus. Au moins, ça fait plaisir à son chef. Il n’est pas passionné par son boulot, mais il a une valeur ajoutée. Il est productif, il fait ce qu’il y a à faire, souvent plus. Il n’a pas de reconnaissance particulière pour cela. Le chef est difficile à satisfaire. Pour lui, c’est normal de faire les choses. Il est assez exigeant. Et directif. Oui, il peut être cassant aussi parfois. Ha oui, tiens, comme le père de Marc…


Est-ce que Marc ferait une projection sur son manager ? C’est assez fréquent, vu que ce sont des figures d’autorité. On en attend parfois, souvent inconsciemment, la reconnaissance qu’on n’a pas eue de ses parents. C’est vrai que la relation a des similarités. Marc donne beaucoup, reçoit peu, n’est pas très bien traité. Est-ce que ça le fait souffrir ? Il ne sait pas trop. Ça ne sert à rien de se poser la question de toute façon. On va au travail pour faire ce qu’il y a à faire, et c’est tout.


Il ne s’autorise pas à remettre en question sa satisfaction au travail, sa relation avec son chef. Ce serait trop déstabilisant. Ce serait comme remettre en question sa relation avec son père. C’est interdit. En tout cas, lui se l’interdit.


Pourtant, une partie de lui est frustré par cette situation. Une partie de lui aimerait tenir tête à son chef, poser des limites. Comment peut-il apprendre à son fils à s’affirmer si lui-même n’est pas capable de le faire ?


Il a développé une forme de honte inconsciente à subir cette situation qui ne lui convient pas.


Il y a quelque chose en lui qui pousse, qui craquelle, qui n’accepte plus de fonctionner comme ça, de tout accepter sans broncher. Il y a un début de remise en question du modèle inculqué, des croyances limitantes acquises. Ce qui est fréquent à la quarantaine.

Mais en attendant, il y a en lui une cohabitation entre les automatismes anciens et l’envie de changement, un conflit interne entre l’homme qu’on l’a programmé à être et l’homme qu’il voudrait être. La problématique relationnelle ultime : entre soi et soi.


Pas facile à gérer, surtout quand on n’en a pas vraiment conscience. Il est parfois utile de trouver un bouc émissaire dans cette situation. Une relation suffisamment sécurisante pour s’autoriser à la malmener. Quoi de mieux que le couple pour transférer ses doutes quand on traverse une crise identitaire ?


Surtout que sa femme le connaît bien. Elle lui dit que son travail est problématique. Elle lui dit qu’il reproduit parfois des attitudes de son père, qu’elle sait qu’il ne veut pas avoir. Elle essaie de l’aider, mais vu qu’il ne sait pas comment régler le problème et ne s’autorise pas à changer ses habitudes, il se sent agressé par ses conseils et la blâme pour son mal-être. C’est donc cette relation de couple qu’il choisit de sacrifier, à défaut de pouvoir s’attaquer aux problèmes relationnels qui le font souffrir le plus.


Cette prise de conscience lui permet de réaliser qu’il tient à son couple, que sa famille est son ancrage dans cette période mouvementée, qu’il veut être un meilleur modèle pour son fils et avoir une relation plus harmonieuse et authentique avec lui. Et accessoirement, avec une relation plus harmonieuse et authentique avec lui-même.


Il est alors prêt pour suivre une thérapie parallèlement au coaching, pour explorer ses croyances limitantes et sa relation avec son père. Ce travail lui permet de s’émanciper progressivement des comportements attendus qu’il se sentait obligé d’avoir. Il parvient à dépasser la forme d’emprise qu’avait son manager sur lui, du fait des similarités avec la relation parentale.


En coaching, il apprend à mieux se connaître, à mieux utiliser ses points forts. Il prend confiance, apprend à être plus assertif, et en vient naturellement à s’interroger sur son métier. Qu’est-ce qu’il aimerait faire ? Quel projet aurait du sens ? Et comment veiller à avoir une relation saine avec son futur manager ?


Il voulait travailler sur son couple, il aura finalement exploré ses relations familiales, professionnelles et sa relation avec lui-même.


Les problématiques relationnelles ont souvent des liens entre elles, et il est toujours intéressant de s’interroger :

  • Est-ce que les tensions que j’expérimente dans cette relation peuvent être une conséquence de ce qui se passe ailleurs dans ma vie ?

  • Est-ce que ma relation avec cette personne me rappelle une autre relation, passée ou présente ?

  • A quoi ressemblerait ma vie si cette relation était meilleure ? Quels seraient alors mes problèmes ?


 
 
 

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