Est-ce un luxe de trouver du sens à son travail ?
- Marianne Ducret

- 27 nov. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 nov. 2025
Pourquoi travaillez-vous ?
Ou plutôt, pour quoi travaillez-vous ?
Qu’est-ce qui donne du sens à votre travail ?

Beaucoup ont commencé à se poser cette question en 2020, et le sujet prend une autre dimension avec l’intelligence artificielle et la difficulté d’anticiper les métiers qui deviendront obsolètes.
En coaching, les personnes qui traversent une crise de sens vivent souvent un conflit entre besoin de sécurité et besoin de stimulation, avec la perception fréquente d’avoir le choix entre d’un côté, un boulot qui leur ressemble peu mais qui paie les factures, et de l’autre, un métier passion où « on se réalise mais on crève de faim ».
Alors elles viennent explorer le champ des possibles : Et si je m’autorisais à changer ? A quel prix ? Pour faire quoi ? Comment ? Quand ? Est-ce le bon moment ou est-ce que je garde ce projet pour plus tard ? Est-ce réaliste de vouloir réaliser mes rêves ? Ou vaut-il mieux renoncer car le risque d’échouer est trop grand ? Ou le véritable échec serait-il justement de renoncer à essayer ? Ok, alors si je décide d’essayer, de quoi ai-je besoin pour me protéger et favoriser ma réussite ?
Ce qui intéressant, c’est de noter que ceux qui franchissent le pas et font le choix du cœur viennent aussi en coaching. Ils viennent chercher du soutien, parce que leur nouvelle vie est nourrissante mais exigeante. Sortir des sentiers battus a un prix, ils se sentent parfois seuls et incompris. Et leurs efforts ne sont pas toujours récompensés : « On promet l’abondance à ceux qui sont alignés avec leur projet, alors pourquoi est-ce si compliqué ? Et pourquoi tant de gens qui ont des valeurs douteuses connaissent-ils une abondance indécente ? » Ça semble injuste et incohérent. Ce n’est plus la crise de sens qui guette, mais la crise de foi.
Dans le cas où l’activité décolle, c’est l’équilibre de la personne qui est mis en péril. Comment poser des limites alors qu’on n’attendait que ça ? Qu’on a trop peur que ça s’arrête. Qu’on a tellement de chance de vivre de sa passion. Ce serait ingrat et déraisonnable.
Aucune situation n’est parfaite alors ?
Sans doute que si, car la plupart des gens semblent se poser moins de questions, trouver leur compte dans leur vie professionnelle, d’une façon ou d’une autre.
D’où vient cette satisfaction ? Des valeurs qu’ils ont l’occasion d’incarner dans leur travail ? Ou du fait qu’ils considèrent qu’un travail est un travail, et que c’est faire l’enfant gâté que de vouloir le beurre et l’argent du beurre ?
Quand on parle d’un travail qui a du sens, on pense à un métier qui soit en phase avec ses valeurs et ses aspirations, que ce soit dans un domaine qui nous passionne (carrières artistiques, par exemple) ou dans un domaine qui contribue à rendre le monde meilleur.
Il y a maintenant des sites spécialisés dans la recherche d’emplois à impact positif (jobimpact.fr / birdeo.com), généralement dans le développement durable, où il est admis que la rémunération est secondaire.
Là aussi, on peut être tenté d’opposer le sens au salaire, mais ce n’est pas si simple. Par exemple, celui qui sacrifiera ses principes écologiques pour avoir une bonne rémunération et prendre soin de sa famille aura le sentiment de trahir ses valeurs. Et pourtant, il incarnera ainsi sa valeur Famille. Tout n’est donc pas blanc ou noir, il faut s’intéresser aux nuances et prendre conscience de ce qui motive réellement une décision.
Admettons que vous recherchiez un nouveau boulot, qu’est-ce qui va primer dans vos critères de recherche ?
Le salaire ?
Le statut associé à la fonction ?
Les valeurs de l’entreprise ?
L’intérêt du poste ?
Les perspectives d’évolution ?
La possibilité de créer et d’innover ?
L’opportunité de transmettre ?
L’ambiance dans l’équipe ?
La relation avec le manager ?
La flexibilité horaire et l’autonomie ?
Ces critères semblent très différents, mais si on tire le fil, ils viennent généralement répondre à des besoins essentiels, parfois existentiels :
ð Se sentir reconnu / accepté
ð Se sentir connecté / apprécié
ð Contribuer / Avoir un impact
ð S’exprimer / Créer
ð Trouver sa place / Exister
ð Bien vivre / Survivre
Tout est important, mais qu’est-ce qui prioritaire pour chacun ?
Ce qui donne le plus de sens, c’est ce qui permet de satisfaire le besoin le plus vital.
Dans leur ouvrage « Redonner du sens au travail », Thomas Coutrot et Coralie Perez proposent 3 dimensions pour évaluer le sens du travail :
1. Se sentir utile aux autres
2. Respecter ses valeurs éthiques et professionnelles
3. Développer ses capacités
Il est intéressant de noter que ces dimensions ne se limitent pas au cadre professionnel.
Les valeurs professionnelles du point 2 font référence à la fierté du travail bien fait, qui est transposable dans la vie personnelle, tout comme le sentiment d’utilité sociale, les valeurs éthiques et les opportunités de développement.
On a tendance à attribuer les enjeux de réalisation à la vie professionnelle, mais beaucoup vivent leurs plus grands accomplissements dans le sport, la vie associative, la vie sociale ou familiale.
Et en coaching, de nombreux clients résolvent leur crise de sens en trouvant un moyen d’exprimer leurs besoins essentiels sans se mettre en risque. Ils choisissent par exemple un travail peu exigeant, pour pouvoir investir leur énergie dans des activités annexes très épanouissantes.
L’enjeu premier me semble être d’identifier ce qui donne du sens à la vie, et de déterminer la place que joue le travail dans ce projet, que son rôle soit prépondérant ou secondaire. En s’assurant en tout cas qu’il ne va pas à l’encontre de cet accomplissement.
Le travail est alors toujours porteur de sens, dès lors qu’il donne la possibilité à la personne de se réaliser, que ce soit dans l’exercice même du métier ou dans les moyens qu’il fournit pour permettre de se réaliser dans un cadre extérieur.





Commentaires